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 Adieu belle école ...

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Gaëlle
Maître des Sortilèges avatar

Nombre de messages : 167
Date d'inscription : 17/03/2005

MessageSujet: Adieu belle école ...   Jeu 30 Mar - 1:09

Elle est tombée ce matin !

La neige s’estompe doucement. Chaque matin, je descends une vieille route pierreuse et sinueuse, au cœur du massif du Vercors.
Quelques aïeuls, m’attendent parfois, et me donnent leurs courses à faire à la ville, ou leurs chèques afin que je leur retire un peu d’argent liquide.
Quelques sourires échangés, deux mots sur le temps qu’il fait, qu’il fera, qu’il a fait, quelques moments rares, sublimés par les rayons d’un soleil timide, qui jongle avec les pierres sèches, sur le haut des murs.
Et puis des monceaux de partage, comme les herbes sèches, qui ornent encore les grosses meules de foin avec quelques fleurs coupées qui mêlent leurs couleurs et leurs fragrances à celles des fenaisons.

Cette chaleur, qui unit parfois les hommes, lorsque la Nature les confrontent à un hiver rigoureux, lorsque les barrières fondent lentement, comme ces stalactites miroitantes, qui ruissellent le long des gouttières.

Je ne me presse pas, je musarde, heureuse de voir chaque matin ce merveilleux écrin, ces roches polies par les ans, qui se transforment lentement au gré des saisons qu’elles traversent immuablement, comme l’étrave d’un navire qui claque dans les brisants.

La fonte s’annonce, les cascades sont, chaque jour, plus nombreuses, débarrassant les plateaux d’altitude de leurs houppelandes de neige.

Les tétras se font entendre, et déjà les premières hirondelles se perdent en sifflant sur les coteaux baignés de soleil, enfin de retour de leurs longs périples par delà les mers.


Et puis, au détour d’un virage, je l’ai vu !


Je m’approche, incrédule, comprenant avec tristesse que cette fois ci je ne la verrai jamais plus, la neige et le froid nocturne viennent d’avoir raison de sa lourde charpente.

Les lourdes grilles grinçantes s’ouvrent avec circonspection sur la vieille cour délabrée, où quelques restes d’enfance semblent à jamais ancrés.
La neige fondue par endroit, laisse apparaître une vieille marelle, que des mains innocentes ont tant de fois redessinée, là, entre terre et ciel, ultime sentinelle.

Les pavés disjoints, laissent déjà percevoir les premiers crocus, un vieux puits semble sortir de terre, alors que sa lourde volute en fer forgé pend, inerte au dessus de sa margelle servant de tuteur à une épaisse racine de glycine. Les herbes, encore hautes par endroit, sortent de la neige en auréoles étoffées, cherchant à profiter des premiers rayons de ce soleil tant attendu.

Par la fenêtre ouverte, je regarde, anéantie, le vieux tableau noir, triptyque austère et fendu en ardoise qui est encore suspendu au mur, je ne sais par quel miracle.
L’emplacement des pupitres, quelques tâches d’encre sur les lattes de bois vermoulues, celui du vieux poêle à bois, que le maître allumait avant l’heure de la rentrée, avec le bois que lui apportait un élève qui le prélevait lors de sa traversée des forêts enneigées, à ski le plus souvent, en venant des hameaux du plateau.

Cette odeur indéfinissable, mélange d’encre et de buvard humide, de moisissure et de résine, qui a bercé toute mon enfance me saute aux narines, alors que des milliers de grains de poussières valsent dans les rais de lumière parfaitement parallèles, qui plongent dans la pièce sombre, comme les évents d’un orgue orgueilleux, ou les cordes d’une harpe diaphane.
Quelques grosses lézardes sur le mur, d’où se détachent quantité d’écailles d’une peinture plombée d’un vert pâle, passé depuis si longtemps déjà …

Un crucifix orne encore le chambranle de la porte, qui mène au bureau du maître d’école, puis plus rien, un amas de neige et de poutres entremêlées, quelques ardoises brisées, et ces longues tuiles canal, qui jonchent le sol, juste derrière la porte à jamais ouverte sur sa triste déliquescence.
Un vieil interrupteur rond pend à un fil dénudé, et son poussoir, d’un blanc nacré, surplombe la molette qui enchâsse le fil de plomb, qui servait jadis de fusible.

Finis les rires des enfants qui résonnaient jusque dans les bas alpages, finies les danses, les pirouettes, les parties endiablées de cache-cache, cette nuit la neige et le froid ont eu raison de ma vieille école, et ce matin, dans le soleil naissant d’un printemps tardif, la cloche de la vieille église semble chanter un cantique, comme une dernière oraison funèbre à ce vieil édifice.

Ce matin, je me sens triste, comme orpheline, et lorsque je referme la lourde grille, regardant les vieilles treilles courir sur les vieux murs, je crois que les corbeaux ont du me voir pleurer !

Adieu souvenirs sépias, je ne verrais jamais plus ce virage de la même manière après ça !

Mille bises

Gaëlle

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