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 Bagdad... et vampires.

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Liosalfar
Floral Fairy
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Nombre de messages : 793
Age : 30
Age : 18 ans
Date d'inscription : 25/09/2004

MessageSujet: Bagdad... et vampires.   Jeu 5 Oct - 13:49

Vous ne vous y attendiez pas, hein ? dent Le pays des mille et une nuit a aussi ses vampires... Voici l'histoire de l'un d'entre eux.

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Il y a bien longtemps, un soir d’été où les rossignols chantaient dans les jardins de Bagdad, et où le parfum de la rose embaumait l’air, un marchand conçu des doutes sur la femme qu’il aimait, et s’engagea dans une aventure qui le conduisit au cœur des ténèbres. Voici son histoire.

L’homme s’appelait Abdul-Hassan, la femme Nadilla. Il était riche et puissant, elle était la fille d’un vieux savant qui habitait une petite maison obscure dans un quartier pauvre de la ville. Quand il la vit pour la première fois, au printemps de cette année-là, Abdul-Hassan fut ensorcelé par la beauté de la jeune fille. Peu après, il l’emmena de chez son père, et en fit son épouse.
La maison où il la conduisit possédait un grand nombre de pièces et de cours intérieures, mais Nadilla semblait indifférente à tout ce faste. Elle se laissait vivre, apathique, au fil des journées d’été, perpétuellement réfugiée dans la fraîcheur intérieure, à l’abri du soleil qui faisait miroiter au dehors les murs blancs et les feuilles de palmiers. Elle ne mangeait presque rien. Perdue dans une profonde rêverie, indifférente à l’égard des serviteurs, elle paraissait à peine remarquer la présence de son époux. Mais, lorsqu’au crépuscule on allumait les lampes, le visage de Nadilla s’éclairait. Le frémissement de la brise nocturne semblait la faire revivre, et elle devenait telle que Abdul-Hassan désirait que fût son épouse, tendre et ardente. Alors, avec une grâce mutine, elle l’entraînait au lit de bonne heure. Le riche marchand remarquait bien cette métamorphose, mais il mettait la langueur diurne de sa femme sur le compte de la chaleur étouffante. A la venue de la saison froide, tout rentrerait dans l’ordre, pensait-il. Et il sombrait dans un sommeil sans rêve.

Une nuit pourtant, Abdul-Hassan se réveilla soudain dans l’obscurité. Nadilla n’était plus à ses côtés, et rien ne signalait sa présence dans la chambre. Il demeura les yeux ouverts pendant quelques temps, mais le doux bruissement des palmes par la fenêtre lui fit retrouver le sommeil.
Il ne se réveilla à nouveau qu’à l’appel du muezzin, se répandant d’un minaret à l’autre pour inviter les fidèles à la prière matinale. Nadilla venait de rentrer. Il la vit entre ses paupières retirer son manteau et son voile, et se glisser dans le lit où il feignait de se reposer encore.
La nuit suivante, elle disparut de nouveau.
La troisième nuit, il la suivit.

Ils traversèrent les jardins au clair de lune, puis les rues de la ville. Elle courait, légère, comme si elle allait retrouver son amant, Abdul-Hassan sur les talons. Elle emprunta les ruelles tortueuses et les allées du bazar, désertes à cette heure. Enfin, elle parvint à l’entrée d’une maison, dans le plus ancien quartier de Bagdad, et la grille parut s’ouvrir devant elle de son propre mouvement.

Choisissant les coins d’ombre pour passer inaperçu, Abdul-Hassan suivit son épouse dans une cour, descendit un escalier de pierre débouchant sur un corridor. Là, il s’arrêta, atterré à l’idée de commettre un sacrilège en pénétrant dans la salle qui s’ouvrait devant lui. C’était un caveau de famille, et de nombreux cercueils s’alignaient le long des murs.
Il avança lentement, guidé par le faible tintement des anneaux d’argent que Nadilla portait aux chevilles et par le bruissement soyeux de ses pantalons bouffants. Peu après, ils traversèrent une voûte. Le cliquetis se tut et Abdul-Hassan examina les lieux avec circonspection.
Il se trouvait dans une crypte. Sa femme s’était agenouillée au milieu d’un ossuaire et d’offrandes funéraires. Quand il vit ce qu’elle faisait, il eut un haut-le-cœur.
Haletante, Nadilla tirait un cadavre allongé dans un cercueil. Elle dégagea un bras, puis, avec un glapissement aigu, courba la tête et planta dans la chair putréfiée ses petites dents pointues.
Abdul-Hassan ne put supporter plus longtemps cet odieux spectacle. Il s’enfuit en toute hâte et passa le reste de la nuit dans une grande agitation. A l’aube, son épouse se glissa de nouveau dans le lit, épuisée, les paupières lourdes. Son mari ne dit rien, mais le lendemain, il l’observa attentivement. Elle ne différait en rien de ce qu’elle était à l’ordinaire –lointaine, languide, cherchant l’ombre et revenant à la vie dès que les ombres s’allongèrent et que le soir tomba. Abdul-Hassan lui offrit quelque nourriture. Elle refusa avec un petit sourire, et, en voyant étinceler ses dents blanches, il ne put se contenir plus longtemps :
“Sans doute préférerais-tu que je te procure de la chair humaine, ô mon épouse.”
Nadilla se raidit. Ses yeux se mirent à briller, ses lèvres se crispèrent en un rictus cruel qui l’enlaidissait. Puis, avec la souplesse d’un félin, elle bondit.
Abdul-Hassan l’attendait de pied ferme. Avec son couteau à lame recourbée, il frappa son épouse jusqu’à ce qu’elle succombât. Il l’enterra sur le champ, sans cérémonie, hors des murs de sa maison pour préserver celle-ci de toute souillure. Si les serviteurs remarquèrent ses agissements, ils ne firent aucun commentaire. Abdul-Hassan était un maître redouté, et l’étrange et silencieuse épouse qu’il avait amenée au logis ne s’était acquis les faveurs de personne.
Mais les épreuves du marchand n’étaient pas terminées, ainsi qu’il le constata trois nuits après le meurtre. Comme il s’agitait sur sa couche, le regard fixé sur les étoiles qui scintillaient par la fenêtre, son épouse –ou le simulacre de celle-ci- s’approcha.
Elle surgit des tapis et des coussins empilés sur le sol, près du lit. Sa robe lui collait au corps, à l’endroit où les coups de couteaux avaient laissé des taches de sang coagulé. Un de ses bras, raidi, pendait à son côté. Son visage avait la fixité d’un masque, la bouche ouverte et les yeux creux. Elle se déplaçait de façon saccadée, comme une marionnette, et la puanteur de la mort l’enveloppait.
En une atroce parodie d’affection conjugale, elle grimpa sur la couche où Abdul-Hassan gisait, immobile. Elle s’y glissa lourdement, le souffle haletant. La senteur putride se fit plus lourde, plus aigu le sifflement de sa poitrine. Elle courba la tête et ses dents pointues s’approchèrent de la veine du cou de son mari.
Abdul-Hassan repoussa la créature, sauta au bas du lit et appela ses serviteurs, réclamant de la lumière. En quelques instants, la pièce fut pleine de monde, mais l’être qui s’était matérialisé avait disparu.
Abdul-Hassan soupsçonnait à présent la vérité au sujet des origines de Nadilla. Elle avait contracté alliance avec le démon, et tenait à peine de l’humain _languissante le jour, épanouie à la nuit tombée, et toujours plus avide de chair humaine. Après sa mort, quelque obscure puissance des ténèbres s’était emparée d’elle, l’utilisait pour assouvir ses propres désirs et l’avait transformée en vampire, un cadavre animé se repaissant de sang humain.

Abdul-Hassan se rendit auprès du père de Nadilla, et le força à dire ce qu’il savait. Le vieillard avoua que sa fille était une sorcière ayant vendu son âme à Satan et s’abandonnant à ses goûts pervers. Elle était si puissante que, sa vie durant, elle avait imposé silence à son père épouvanté.
Ensemble, les deux hommes exhumèrent le corps qu’ils brûlèrent et réduisirent en cendres, afin de l’empêcher à tout jamais de se manifester pendant le sommeil des honnêtes gens. Ils jetèrent les restes calcinés dans les eaux du Tigre, pour qu’ils dérivent jusqu’au Golfe Persique et se dispersent dans la mer. Nadilla ne vint plus troubler l’ordre des vivants, mais elle n’était qu’une simple entité au sein de l’immense cohorte des esprits qui hantaient jadis la terre, et ses semblables perpétrèrent leurs secrets agissements longtemps après sa disparition, glaçant de terreur le cœur des humains car ils transgressaient les règles établies.

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J'espère que ça vous a plu clin !
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Arkena
Roi des Songes
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Nombre de messages : 117
Age : 28
Date d'inscription : 18/05/2005

MessageSujet: Re: Bagdad... et vampires.   Ven 6 Oct - 21:05

Superbe histoire, merci yep
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Lunamoon
Rêveuse Lunaire
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Nombre de messages : 1952
Age : 39
Age : 27
Date d'inscription : 02/09/2004

MessageSujet: Re: Bagdad... et vampires.   Ven 6 Oct - 21:37

Merci Liosalfar !

C'est pas très gai quand même !!!! clin
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MessageSujet: Re: Bagdad... et vampires.   

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Bagdad... et vampires.
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