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 Muerte

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Liosalfar
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MessageSujet: Muerte   Ven 24 Fév - 13:35

Je passe en vitesse vous proposer un petit essai fait entre deux cours (ben faut bien se vider la tête ^^...) Mais
J'espère sincèrement qu'il vous plaira. happy

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Kifo.مَيْت . 死亡. Dood. θάνατος. 죽음. смерть. Mors. しきょ. Muerte. Tod. Morte. Death. Mort...

Perché sur son rocher bien au dessus des vagues mugissantes, les larges pans de son manteau de voyage fuyant le vent violent, l’une de ses longues mèches blondes venant parfois caresser fugacement les courbes harmonieuses de son visage, Rian, patient, attendait (fin de la première phrase... waouh. Il n'y aurait pas quelqu'un qui avait dit que l'adjectif tuait le mot ? Je crois que j'ai oublié cette petite maxime... dent ) . Les rayons dorés du soleil couchant s’enhardissaient parfois à faire luire froidement la pointe de sa longue lance aux rubans mordorés tachés de sang.
Ses yeux où ne brillaient nuls sentiments regardaient agoniser à ses pieds son adversaire, une femme.
“Je t’avais prévenue…”, souffla-t-il alors que la faible lueur de la vie s’éteignait dans les yeux du corps à terre.
D’un geste ample, il recouvrit le cadavre.
“Je n’aime pas que l’on cherche à fuir son destin…”, sourit-il en devinant les pans d’une cape familière se dessiner près de lui alors que l’herbe se couchait, jaunie, les fleurs perdaient leurs pétales, les feuilles quittaient les frêles branches des arbres voisins.
“Rian.”
Le nommé ne se retourna pas, et se contenta de répondre au salut par un bref hochement de tête, contemplant le coucher de soleil. Lui seul pouvait se permettre une telle insolence face à celle que tous craignaient.
“Beau travail”, complimenta l’apparition en soulevant un coin du tissu, qui se réduisit en poussière à son contact.
“Mon paiement…”, demanda-t-il, alors que l’astre du jour s’éteignait derrière les vagues.
“Bien sûr… Un marché est un marché, Rian…”
Elle s’approcha du bord de la falaise, et les vagues fuirent la paroi calcaire qu’elles attaquaient quelques secondes plus tôt, puis tendit sa longue manche vers l’horizon. Un coup de vent révéla sa main. Ou plutôt son squelette de main, alors que, repliant les phalanges, elle faisait remonter dans le ciel l'étoile rougeoyante.
Une seconde fois, le ciel s’embrasa, une seconde fois, la mer s’enflamma.
“Quelle beauté…”, murmura l’homme alors que le spectacle prenait fin.
“Méfie toi de la beauté, Rian… Elle est ta seule faiblesse…” conseilla le squelette de sa voix grave et profonde, posant sa main sur l’épaule de son interlocuteur, qui se dégagea en poussant un crid e rage et de douleur. Sa chair n’avait pas résisté au mortel contact, et elle tombait en fin lambeaux sur le sol. Il suffit pourtant d’un simple geste de la Mort pour que les muscles se reforment, les vaisseaux se ressoudent, les nerfs se rattachent, ne laissant sur la peau qu’une fine cicatrice brunâtre. Sans un mot, elle prit le poignet du cadavre et disparut, laissant derrière elle un homme au regard de glace au beau milieu d’un paysage stérile et dévasté.
Sifflant son mécontentement, il nettoya sa lance et, tournant le dos à la mer, reprit son chemin.

===============================================

“Cours, cours !”
Mauvais, les poursuivants chassaient de leur voix de stentor et de leurs cris leur proie. Elle fuyait ses tortionnaires, giflée par les fougères, griffée par les ronces, trahie par la mousse du sol qui lui cachait les branches entravant sa fuite désespérée.
Ses pieds nus, salis par la boue, bondissaient habilement, volant d’un obstacle à l’autre, évitant les pièges. Elle s’arrêta quelques secondes, sa respiration courte et sifflante retentissant dans l’air du soir. Couvrant les bruits de la forêt, des aboiements et des claquements de chaînes furieux s’élevèrent : ils avaient lâché les chiens…
Terrorisée, les lourds bracelets de fer pesant sur ses fragiles poignets et chevilles, elle reprit sa course. Se retournant, tentant d’apercevoir parmi les ombres naissantes de la nuit les prunelles jaunes de rage des animaux, elle ne vit pas la butte qui délimitait un sentier, trébucha, et tomba au sol.

La cheville foulée, gémissant de douleur, elle se releva, et voulut reprendre la fuite, mais une poigne ferme brisa son élan. Ils l’avaient rattrapée. Elle se retourna, se débattant, pleurant, hurlant, frappant faiblement son adversaire, mais à aucun moment la pression sur son bras ne se relâcha. Elle commit l’erreur de s’appuyer sur son pied blessé, et, dans un cri de souffrance, s’affaissa, sanglotant, se résignant à affronter les crocs luisants et les fouets de ses poursuivants. La main qui la retenait, prévenante, dévia sa chute, et ce ne fut pas la mousse humide du sous bois, mais un lourd manteau de coton qu’elle rencontra. Etonnée, elle leva les yeux vers son geôlier, et croisa un regard gris qui la détaillait minutieusement.

Elle était tombée, juste devant lui, fuyant il ne savait quelque danger. Il l’avait retenue, pour qu’elle affronte son futur, qu’elle subisse ce que les Moires tissaient pour elle… Mais, les yeux encore habités par le coucher de soleil sur la mer, il ne s’entendit pas prononcer la phrase qui amenait près de lui la Mort, ébloui par la chevelure rousse de sa prisonnière. Elle trébucha, il la retint, et elle leva vers son visage ses prunelles brillant sous les larmes de douleur, d’angoisse et de frayeur. Deux grands yeux verts, que les derniers rayons du soleil faisaient miroiter, telle la mer se brûlant sous leur lumière. Un visage fin et doux, bordé par une chevelure en tout point semblable aux flèches orangées tirées par l’arc solaire à son coucher. Cette fille… (bang, le coup classique... wack désolée de ne pas faire dans la nouveauté...)

Des aboiements furieux vinrent briser l’instant, les pupilles vertes se firent effrayées, les grises glaciales. Trois énormes molosses surgirent d’entre les arbres, montrant les crocs, et, poussant une plainte effrayée, la fugitive chercha à se dégager pour reprendre sa course. Le plus gros des chiens, grognant sourdement, n’attendit pas son maître et se jeta dans un bond puissant sur sa proie, qui ferma les yeux en hurlant de peur et de désespoir, alors qu’un éclair vif illuminait le sentier.
Il ne se passa rien. Ou presque. Elle n’entendit qu’un jappement d’animal blessé. Toute surprise d’être toujours vivante, elle laissa son regard couler entre ses paupières.
Son agresseur gisait à terre, léchant son flanc barré d’une large entaille, alors que ses compagnons, grondant violemment, faisaient face à un hars mortel, d’où gouttait encore le sang de l’un des leurs. Elle regarda son protecteur, qui maniait son arme avec force et aisance d’une seule main. Les rayons de la lune tranchaient les traits de son visage marquant les ombres… Et dévoilant ses yeux. Il n’y avait plus la lueur d’étonnement qu’elle y avait lu lors de son premier regard. Non. Ils n’étaient plus guère que deux glaçons gris, fixant d’un regard privé de tout sentiment les maîtres dresseurs qui venaient d’émerger du bois. Elle ne sut alors s’il fallait qu’elle craigne les chiens et leurs maîtres dresseurs, ou bien ces deux yeux vides…
“Merci d’avoir capturé notre fugitive, voyageur.”, grimaça l’un des poursuivants en voyant son meilleur chien blessé, s’approchant de l’évadée et déverrouillant la chaîne qui lierait à nouveau les frêles chevilles et poignets à la servitude.
Cependant, il ne s'avança pas plus. L’inconnu avait pointé sur sa gorge fragile la pointe encore ensanglantée de sa lance. Le second poursuivant continua :
“Mais peut-être cette esclave vous intéresse-t-elle ?”
D’un hochement de tête, on lui fit comprendre que oui.
“Nous pouvons vous la vendre…
-La vie de ton compagnon te semble-t-elle un prix suffisant ?”, demanda-t-il en appuyant la pointe du fer sur la gorge de l’homme à sa merci.
“Pas question.
-Mon… Monseigneur… Pitié…”, déglutit difficilement le dresseur, sa sueur coulant sur la pointe.
Un homme, richement paré, venait d’apparaître, montant un cheval noir qui se confondait avec la nuit, si bien qu’il donnait l’impression de flotter dans les brouillard naissant.
“Cette esclave vaut bien plus que la vie d’un homme…
-Deux, peut-être ?
-Vous plaisantez…
-Combien en demandez-vous ?”, finit par siffler le voyageur, excédé par le jeu du monarque.
“Vingt…”
Une compagnie de rabatteurs, retenant à grand peine des dizaines de molosses aboyants, rageurs, émergea de la brume, les faibles lueurs des torches illuminant le sentier d’une blafarde clarté.
Le maître sourit cyniquement.
“Acceptes-tu le prix ?”
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Bon, c'est pas fini, et franchement, ça mérite d'être revu, mais je la trouve très agréable à écrire...
happy
Si vous connaissez d'autres manières de dire la mort, (dans d'autres langues..) je suis preneuse. J'ai l'intention de toutes les mettre dans le titre. Il y a déjà swahili, arabe (à défaut de nom, j'ai mis un adjectif... Lisez "matt"... Ca veut dire celui qui est mort.)chinois (lisez "siwáng"), hollandais, grec (lisez "thanatos"), coréen (je ne sais pas comment ça se lit... désolée. lol ), russe (idem...), latin, japonais (lisez "shikyo"), espagnol, allemand, italien (le portugais se dit de la même manière...), anglais et français. happy

Merci d'avance et à bientôt... fl


Dernière édition par le Ven 24 Fév - 17:33, édité 6 fois
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Tsukki
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MessageSujet: Re: Muerte   Ven 24 Fév - 16:13

Cette histoire promet d'être passionnante!! dent

Pour les différentes façons de dire "mort" j'ai trouvé ceci :
- chinois : 死亡
- hollandais : dood
- grec : θάνατος
- coréen : 죽음
- russe : смерть
- latin : mors (mortis)

moon

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yuny
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MessageSujet: Re: Muerte   Ven 24 Fév - 20:21

wouaouh ! c'est super ! j'aimerai bien adapter tonhistoire en manga ! j'essairai de faire quelques pages^^ dent
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Lunamoon
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MessageSujet: Re: Muerte   Sam 25 Fév - 1:27

choc choc choc

Lio, tu as un réel talent de conteuse.... et quelle imagination, quels mots divinement bien employés !!!!!!!!!!

A chaque lecture de tes oeuvres, je suis tare tare tare
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Liosalfar
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MessageSujet: Re: Muerte   Dim 26 Fév - 17:37

Un grand merci...

Tsukki, merci beaucoup d'avoir mis quelques traduction pour la mort, je les ai ajoutées dans le premier messages avec d'autres... happy

Yuny, tu as eu la même idée que moi ^^ Dessiner cette histoire me tente vraiment, mais je n'ai pour le moment que le temps de l'écrire... sad Donc, si tu es tentée, montre moi vite tes croquis !!! (bon, j'avoue, y a un croquis de Rian en attente...Mais c'est pas vrai, quand est ce que je vais penser à arrêter mes loisirs...)

Lunamoon... roug Je ne sais plus où me mettre... C'est un si grand plaisir de partager avec vous quelques phrases...

Voici une petite suite...

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Brutalement, la forêt se tut, et, parmi les troncs raides, une faux renvoya la lueur des flammes, qui cessèrent leur ballet :
“Ne t’avais-je prévenu, Rian ?
-Il ne s’est encore rien passé, reprit le concerné, saluant d’un hochement de tête les quatre apparitions.
Il était habitué aux interruptions temporelles, alors que les molosses, figés dans un cri désormais muet, suspendus dans un bond sans fin, jetaient haineusement des regards meurtriers sur la proie qu’ils convoitaient.
Rian était lui aussi soumis aux lois de l’interruption. Il ne pouvait bouger. Seulement parler.
La Mort vint près de lui :
“Si tu affrontes ces hommes, je ne garantirais plus ta survie…
-Il se battra, commença la première femme, déroulant dans sa main une quenouille de fil blanc.
-Il se battra, et il vaincra, continua la seconde, plus âgée, en tissant de mains habiles la scène qui allait se dérouler.
-Il battra, et il vaincra, renchérit la troisième, anoblie par ses nombreuses rides. Mais il perdra…, termina-t-elle en secouant la tête, accompagnant les gestes de sa sœur.
-As-tu entendu, Rian ?
-Oui.
-Veux-tu toujours la défendre ?, dit-elle en désignant l’esclave dont la peau blanche pâlissait devant le seigneur.
-C’est mon destin, et j’y suis soumis, termina-t-il en fermant les yeux. Mais sache que quoi que je fasse… Je te serais toujours fidèle.
-Alors qu’il en soit ainsi, mon fils.”, soupira la Mort en rétablissant l’ordre des choses.


“Je l’accepte.”
Le seigneur désigna vingt hommes parmi ses meilleurs guerriers. Le voyageur lâcha le bras de l'opprimée, qui fut tentée de prendre la fuite. Mais une douleur fulgurante dans sa cheville lui rappela qu’elle n’irait pas bien loin. Elle s’assit au sol, le plus loin possible de ses poursuivants, alors que les combattants encerclaient son protecteur.

Il se battra…

Rian leva sa lance, ferma les yeux, et attendit. Dans un même rugissement, ses adversaires se jetèrent sur lui, toutes armes dehors, les yeux habités par une folie meurtrière.
Le sang fusa en un arc majestueux, s’écrasant au pied du destrier ébène, qui broncha devant le liquide répugnant.


Il se battra, et il vaincra…

A peine l’homme semblait-il aborder un adversaire que celui-ci s’effondrait, vaincu. La lance chantait, concurrençant pour quelques instants la mélodie de la faux qui s’abattait sur les malheureux dont la vie devait s’éteindre ce soir-là.
Le liquide rougeâtre coulait, fusait, volait… Tachant la tapisserie filée par les trois sœurs. Il suffisait pourtant d’un geste de leur main pour que la souillure ne s’efface, alors qu’elles tissaient, toujours plus, toujours plus vite, abordant la scène suivante, celle de la trahison…

D’un geste, le seigneur ordonna à vingt autres hommes de se jeter dans le combat, ce qu’ils firent en poussant un cri de guerre. Malgré leur nombre, ils ne tinrent pas plus longtemps que les autres.
Enfin, le dernier combattant s’effondra, la lance plantée en plein cœur.
“Vous m’avez menti…”, dit le survivant en la ramassant et essuyant le liquide pourpre sur la tunique d’un mort.
“Et toi tu ne m’as pas déçu…”, sourit mystérieusement le cavalier. D’un hochement du menton, il désigna la fugitive :
“Tu l’as bien méritée, tu peux l’emmener…”
Il fit faire demi-tour à son cheval, rappelant d’un geste les dresseurs et leurs chiens, les porteurs de torches et les archers.
Rian aida l’esclave à se relever, et s’éloigna sur le chemin.


Il se battra, et il vaincra. Mais il perdra.

Deux sifflements et des chocs sourds retentirent dans la brume grise. La première flèche se ficha dans son épaule, lui arrachant un cri de surprise et de douleur. La seconde se planta dans le dos de sa compagne, qui s’effondra, évanouie, alors que le rire du seigneur retentissait dans la nuit. Rian n’hésita pas, il ramassa sa lance, ne prit pas la peine de viser, et la jeta dans un cri de haine et de fureur. Elle se perdit dans le nuage éthéré, et on n’entendit plus guère que les rubans de la hampe qui sifflaient dans le vent de la course. Puis un éclat sourd, suivi d’un hurlement terrorisé :
“Le seigneur est mort, le seigneur est mort !”
Un hennissement effrayé retentit, suivi un galop :
“Rattrapez-le !”
La monture noire émergea du brouillard, roulant des yeux terrifiés, portant sur son dos un cadavre brinqueballant. Croisant le regard de l’homme blessé, il ralentit sa course, puis s’arrêta à son niveau. Rian le débarrassa du mort, qui portait toujours sur ses lèvres un sourire mauvais, hissa sur la selle la blessée, et récupéra son arme. Le sang n’avait même pas coulé. Le brouillard révéla deux silhouettes, courant après la monture et le cadavre du maître. Cependant, lorsque leurs yeux captèrent le regard de leur adversaire, à la fois glacial et haineux, ils s’arrêtèrent :
“C’est le Diable ! Le Diable ! Le Diable a tué notre duc !”
Le brouillard s’épaissit soudain, cachant aux yeux de la suite les deux fugitifs et leur monture, et les deux palefreniers, y voyant là un autre tour du Malin, rebroussèrent chemin en hurlant de terreur, laissant aux charognards nocturnes la dépouille de leur seigneur.

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Je stoppe ici, il faut en laisser pour la suite, tout de même ^^
Bon, j'avoue, y a encore pas mal de marge, mais bon dent
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Tsukki
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MessageSujet: Re: Muerte   Lun 27 Fév - 3:01

.............Toujours aussi intéressant à lire!!.............. La suite! la suite! la suiteuuuhhhhhhhh!!!!!!!!!

moon

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Liosalfar
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MessageSujet: Re: Muerte   Lun 27 Fév - 15:59

Tsukki... Merci beaucoup de ton commentaire dent Voici encore quelques pages...

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“Ce n’était pas prévu…”, commenta la plus jeune sans lever les yeux de son travail.
“Vous me le devez bien”, fit remarquer le squelette en observant à travers les feuilles tombantes Rian qui attrapait les riches rênes de la monture et commençait à marcher, la flèche toujours plantée dans l’épaule.
“Un détail, Mort… Un seul détail, continua la fileuse.
-Un seul détail peut tout changer, reprit la plus jeune des tisseuses.
-Tout changer, reprit, tel un écho l’aïeule en soupirant.
-Ils auraient dû mourir ce soir, commença la fileuse.
-Ils auraient dû mourir ce soir, mais ils vivront…, continua la seconde.
-Ils auraient dû mourir ce soir, mais ils vivront… Et…
-Suffit !, coupa la Mort en regardant le cheval disparaître dans l’obscurité, je connais la fin de l’histoire…”

Ils auraient dû mourir ce soir…
Une procession, menée par un prêtre replet, chantait les cantiques en approchant du lieu de la rencontre. Elle était composée d’une multitude de villageois, de porteurs de torches et de reliques, d'avant-coureurs, et d’une dizaine d’archers.

Ils auraient dû mourir ce soir, mais ils vivront…
“Il n’est plus là !”
L’un des éclaireurs revint en courant, stoppant la procession.
“Es-tu bien sûr, mon fils, qu’il s’agit du lieu de la bataille ?
-Contemplez à vos pieds, mon père… Seul contre quarante hommes… Puis il a jeté sa lance avec une force digne d’un démon, en plein brouillard, à plus de soixante coudées ! Et elle s’est enfoncée en plein cœur du Duc !”
Le sol, rougi par le sang qui avait coulé, portait encore les dures stigmates du combat. Mais de cadavres, point de traces.
“Le Démon, c’est le Démon !”, murmurait-on dans les rangs effrayés.
Un hurlement de loup affamé monta dans la nuit noire, et les cris se firent plus nombreux.
“Silence ! Nous sommes protégés par la bénédiction de Notre Seigneur… Priez avec moi, mes enfants…”, demanda le prêtre en avançant.
Les cantiques reprirent, alors que la procession cheminait toujours, cherchant le cadavre du seigneur, espérant le trouver avant qu’il ne soit dévoré par les charognards.
“Là, le voilà !”
On distinguait dans le brouillard une main repliée, cadavérique, un corps déchiré par les mâchoires des loups… Mais c’était bien leur maître.
“Qu’on emmène son cadavre, il aura sa tombe dans la crypte de la chapelle ducale, ordonna le religieux. Bientôt, il ne resta sur le lieu de l’affrontement que la mare de sang pour témoigner de l’atrocité du crime qui s’y était déroulé.

Ils auraient dû mourir ce soir, mais ils vivront… Et…
Il s’arrêta au beau milieu d’un champ mégalithique. Les géants de pierres dressés vers les étoiles leur offraient pour une nuit l’abri contre la fureur des habitants.
Il descendit précautionneusement la blessée, attacha le cheval, et s’occupa de la plaie de l’esclave.

Elle s’éveilla lentement, et, au souvenir de la poursuite, son regard devint terrifié. Elle voulut se lever, cherchant à s’enfuir, mais une cuisante douleur au côté lui arracha une plainte.
“Tu ne devrais pas t’agiter ainsi…”, entendit-elle doucement près du lieu de son repos.
Son protecteur, une flèche plantée dans l’épaule, l’observait, paisiblement assis devant un feu dansant.
Elle observa la main qu’elle avait instinctivement porté à sa blessure. Le sang gouttait de ses doigts :
“Il va être temps de changer ton bandage…”, ajouta-t-il en voyant le pansement gorgé du liquide rouge. Il se leva, prit un rouleau de gaze et s’approcha d’elle.
Aussitôt, elle reflua, quittant le manteau avec lequel il l’avait couverte, une lueur de terreur dans les yeux, n’osant se lever de peur de saigner encore, les lourds bracelets de fer de ses chevilles lui rappelant la traîtrise de ceux qui l’avaient ôté de sa famille. Comme lui, ils s’étaient approchés, agréables, plaisants… Puis avaient claqués les cercles d’acier, avaient pesé les lourdes chaînes, avaient fusé les ordres. Et, pire que tout… Elle voulut lui hurler de ne pas avancer davantage, mais aucun son ne s’éleva. Comme tous les jours depuis... Depuis cet horrible moment.
Voyant son manège, il ne s’approcha pas plus, et, s’agenouillant à bonne distance, il lui tendit le rouleau de gaze.
“Tu préfèrerais que je te l’envoie ?”
D’un hochement de tête, elle signifia que oui. Le tissu vaporeux atterrit sur ses jambes, et elle entreprit de se soigner maladroitement.
Rian repartit vers le feu. Il ne pouvait ôter seul le trait planté dans son dos. Il était condamné à le porter jusqu’à ce qu’une âme charitable vienne l’en délivrer. Et, de toute évidence, cette fille n’était pas prête à le faire.
Elle avait peur. Non. Elle était terrorisée. Il s’assit, et reporta son regard sur elle. Tentant gauchement de serrer son bandage, elle avait oublié jusqu’à sa présence. Il sentait le liquide chaud et poisseux couler sur ses omoplates, descendre le long de ses côtes, et se perdre sur le sol. Son regard se fit douloureux alors que, levant une main pour remuer le contenu d’une petite marmite, la pointe bougeait dans sa plaie.

Elle réunit les deux extrémités du bandage, puis reporta le regard sur son protecteur, dont elle ignorait jusqu’au nom. Les yeux fermés, une grimace de souffrance sur les lèvres, il tentait de ne pas bouger son bras droit. La soigner avait dû être une épreuve pour lui. Il ne la regardait plus, et, debout, le visage tourné vers la lune mourante, les rides de la douleur imprimées sur son front, il flattait le destrier ébène qui l’avait portée jusqu’ici. A chacun de ses mouvements, le trait bougeait, lance insolite illuminée par le feu et la lune, et le sang, rivière noirâtre sur sa peau blanche, coulait de plus belle. Elle savait ce qu’il fallait faire. Lentement, souple comme un félin, elle se leva, et, sans un bruit, s’approcha de lui.

“Mère…”
Rian, cajolant l’encolure du cheval, le regard perdu dans les étoiles, était plongé dans de douloureux souvenirs. Il revoyait le visage de sa mère, dessiné par les cratères lunaires, les traits doux et fins, un sourire permanent sur les lèvres, ses longs cheveux blonds flottant dans l’air du soir, ses grands yeux rieurs couvant maternellement ses premiers pas maladroits. Et ce qu’elle était aujourd’hui. Pourquoi ? Pour une antique malédiction. Après sa métamorphose, il l’avait suivie, prêt à briser le sort qui pesait sur elle, à rompre le charme qui suivait sa famille depuis des générations… Et voilà que maintenant, malgré tout l’enseignement guerrier qu’il avait suivi, toutes les leçons de pitié qu’il avait dédaigné, son cœur qu’il croyait transformé en pierre par ses propres leçons fondait pour une belle esclave rousse. Malgré lui, il perpétuerait le sortilège… Il sentit dans son dos une raideur de l’arme planté dans son épaule, mais, avant qu’il ne se retourne pour voir ce qui lui arrivait, il lui fut retiré sèchement, et il s’écroula à genoux, hurlant de souffrance, les larmes s’échappant malgré lui de ses yeux qu’il croyait secs à jamais.
Une gaze se posa sur la blessure, et une main appuya fortement dessus, alors qu’une autre, frôlant sur la sienne, le réconfortait. La douleur s’atténuait lentement, et il se reprenait, paisible. Il avait beau être le fils de la Mort… Il n’avait jamais été qu’un homme. Une main se posa sur son épaule, et le força à se redresser. D’un geste, l’esclave lui signifia de ne pas bouger, puis, trempant une bande de tissu dans l’eau chaude, banda de son mieux la blessure. Il se laissa faire, les yeux fermés, calme, sentant dans son corps se répandre une paix qu’il n’avait pas connu depuis bien longtemps.
Lorsqu’elle eût terminé, elle ajouta au feu le trait mortel, et chercha dans les fontes du cheval de quoi constituer un dîner.
“Inutile, il n’y a rien d’autre que de l’argent…”, l’informa-t-il en la voyant soulever l’un des pans de la selle. Sa réaction fut disproportionnée : retrouvant ses réflexes de captive, elle se prosterna, posant son front sur le sol, implorant par de faibles gémissements son protecteur à la clémence.
Un peu surpris par sa conduite, il se contenta de la relever :
“Je ne suis pas ton maître…”, sourit-il.
Ne sachant que faire, elle détourna le regard, s’inclina, et entreprit de fouiller les buissons pour trouver quelques baies. Elle revint après quelques moments, l’un des pans de sa robe replié, croulant sous des fruits ronds et mûrs qu’elle proposa d’un geste à son sauveur.
“Comment t’appelles-tu ?” demanda-t-il en croquant l’un d’entre eux, affamé.
Gênée, sa première réaction fut de détourner le regard, signifiant d’un pauvre geste de la main que le nom d’une esclave n’était pas à connaître.
Il réitéra sa question, gentiment, ses prunelles grises cherchant à capter leurs égales vertes, fuyantes, glissantes.
Après une troisième tentative, il finit par comprendre :
“Tu… es muette ?”
Elle hocha la tête, les larmes baignant ses yeux.
“Depuis toujours ?”
Agitant négativement le visage, les pleurs roulant désormais librement sur ses joues, elle se prit la tête entre les bras, gémissant de douleur au souvenir de ce jour.
Les images refirent surface, plus nettes que jamais…

Elle pleurait. Son premier jour d’esclavage. Elle sanglotait, gémissait, appelait ses parents… Comme les autres enfants captifs. La vieille femme chargée de les surveiller faisait parfois claquer sa longue lanière de cuir, espérant les faire taire, mais le silence ne durait que quelques minutes. L’un des gardes, excédés, était entré, hurlant.
“C’est pas vrai, on vous a ordonné de vous taire ! Vous ne voulez pas obéir ? Tant pis pour vous !”
Il fendit la foule des petits, agrippa au hasard un bras frêle et gracile, et d’un geste expert, aidé par la vieille femme, coupa les cordes vocales de sa prisonnière, une enfant rousse aux grands yeux verts.
“Ne recommencez pas, ou j’en prendrais un autre !”, cria-t-il en disparaissant, verrouillant la porte.
Avachie sur le sol, la mutilée tentait de parler, mais aucun son ne franchissait ses lèvres. Elle était muette à tout jamais…


“Ne pleure pas, je t’en prie …”
Il l’avait blessée. Une question innocente avait transformé son interlocutrice placide et soumise en un être souffrant et brisé. Il s’approcha, ne sachant comment réagir face à elle. A tout hasard, il la redressa et essuya ses larmes. Stupéfaite par son geste, elle cessa aussitôt ses pleurs, et s’inclina jusqu’au sol, attendant visiblement une punition. Excédé par son attitude soumise, Rian se leva, et s’empara de son arme. Ses yeux, redevenus durs et froids, trahissaient son envie d’en finir.

Ne sentant rien venir, elle osa relever les yeux. Il la regardait, le regard vide, glacial. Tenant à la main sa longue lance. Elle sentit qu’il allait la tuer, et se ramassant sur elle-même, gémit de peur. Elle l’avait énervé. Elle allait recevoir sa punition. Qui n’était autre que la mort.

Levant bien haut son pilum, Rian visa soigneusement, et, dans un cri de rage, l’abattit sur sa victime.
===============================================

Je l'ai terminée, j'espère vous surprendre par la fin.. clin lala
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yuny
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MessageSujet: Re: Muerte   Lun 27 Fév - 20:19

wouaouh ! c'est super!!! clap
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Liosalfar
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MessageSujet: Re: Muerte   Mar 28 Fév - 18:18

Yuny... Merci beaucoup happy Voici un autre épisode, qui, j'espère, vous plairas.

===============================================
Les bracelets de fer volèrent en éclats. Elle n’avait presque rien. Un mince filet de sang gouttait sur ses poignets et chevilles, qu’il s’empressa de faire disparaître derrière une compresse.
“Excuse moi de t’avoir blessée.”, dit-il en plantant son regard dans le sien, sur les lèvres un faible sourire désolé.
“Je ne suis pas ton maître…”, reprit-il en se levant, espérant cette fois qu’elle avait compris, qu’elle n’aurait plus avec lui cette attitude humiliante pour elle…
Regardant ses poignets, qu’elle n’avait jamais vu aussi nus, elle sourit innocemment, appréciant le contact de l’air sur sa peau, grimaçant devant les meurtrissures et les cicatrices abandonnées par leur poids… Ne sachant comment remercier son sauveur, elle faillit s’incliner, mais, se souvenant de ses mots…
“Je ne suis pas ton maître…”
Elle se jeta à son cou.

Abasourdi, le visage pâle, Rian, les bras de l’esclave entourant son cou, était paralysé par l’incompréhension la plus totale. Il s’enhardit pourtant au bout de quelques minutes à refermer les bras autour d’elle.
Elle finit par se dégager, surprise par sa propre insolence, mais bien décidée à ne pas revenir au temps d’une ancienne soumission.
Il s’assit sur un rocher, contemplait la nouvelle femme qui se tenait devant lui, un sourire angélique chatoyant sur ses lèvres alors qu’elle esquissait quelques pas sans les lourds insignes de son joug. Malhabile, surprise par la force qu’elle développait à chaque pas depuis bientôt quinze ans, elle tomba, emportée par son élan. Il rit innocemment, ne reconnaissant plus guère dans son comportement l’homme qu’il était depuis ce jour néfaste où sa mère… Il chassa les mauvaises pensées, et aida l’esclave à se relever.

“Toi aussi, tu as changé, Rian…”, sourit le squelette, à distance respectueuse du campement. Quelques cheveux blonds, vestiges de son ancienne beauté, scintillèrent sous les rayons de la lune. Prestement, elle les dissimula sous son capuchon, alors que près d’elle, les fruits pourrissaient et les feuilles chutaient sur le sol.

Fatiguée par ses efforts, l’esclave s’effondra près du feu, suivie par son protecteur. Ils dînèrent frugalement des quelques fruits qu’elle avait trouvé, puis, ne pouvant contenir encore sa curiosité, Rian recommença :
“Peux-tu me dire ton nom ?”
Dire… Non, elle ne le pouvait pas. Son regard se voila d’une brume de tristesse. Mais d’une sourire, elle l’invita à s’approcher d’elle. Sur le sol, il y avait beaucoup de cendres. Elle leva le doigt, prête à écrire, puis s’interrompit. Il y avait si longtemps… Les serfs comme elle n’avaient ni le droit d’écrire, ni de lire… Elle connaissait l’intonation de son prénom… Mais l’écriture… Peut-être avait elle oublié. Peut-être…
Une main rassurante se posa sur son épaule, l’encourageant à continuer.
Elle prit son courage à deux mains, posa son index sur le sol, et, lentement, traça une première lettre.
“A…”
A chaque fois qu’elle terminait un sigle, il lisait l’ensemble, l’aidant à éviter d’éventuelles erreurs.
“Ad…
-Ada…
-Adama…
-Adamante. Adamante…”, murmura-t-il, alors que l’esclave hochait la tête, signifiant qu’il s’agissait bien là de son nom.
“Adamante, l’herbe magique…”, sourit-il devant la beauté du prénom.
Elle le désigna, et ses lèvres murent pour former la phrase :
“Et toi ?”
Parler. De nouveau, pouvoir s’exprimer. Mais aucun son ne s’éleva. Comme à chaque fois qu’elle ouvrait la bouche.
Instantanément, il la comprit :
“Rian. Je m’appelle Rian.
-Et il est mon fils.”
Le feu dansant s’était rétracté devant les larges pans de la cape grise, alors qu’une lueur de terreur naissait dans les yeux de la femme.
“N’aie crainte, Adamante, fille des marais du Nord, je ne viens pas pour toi.”, rassura-t-elle d’un geste de la main.
“Mère…”
Un genoux à terre, Rian s’était tourné vers l’apparition.
“Relève toi, Rian, tu sais bien que je n’aime pas te voir ainsi.”
Il s’exécuta, et rattrapa la bride du cheval qui menaçait de s’enfuir.
“Que veux-tu ?
-Te dire au revoir, Rian. Et te donner un autre conseil.
-Comment ?
-D’ici dix ans, une grande épidémie de peste va se déclarer dans le Royaume. Des rats venus de l’Est en seront les instigateurs. Je ne veux pas trouver sous ma lame l’une de mes petites filles.”
Entendant les paroles de sa mère, il recula, rosissant devant l’allusion, mais il savait mieux que personne qu’on n’échappait pas à son destin.
“Protégez vous, ta femme, tes enfants et toi-même par cet onguent.”, dit elle en lui tendant un récipient de bois fin, “mais que ta femme seule l’utilise. Dans les mains d’un homme, ce baume devient mortel poison.”
Il s’empara du coffret, veillant à ne pas toucher le corps maternel.
“Je suis heureuse, mon fils, car je te vois heureux.”, sourit la Mort sous sa cagoule, admirant les traits de celle qui avait su faire fondre le cœur de pierre de son enfant.
“J’espère ne pas revenir avant longtemps.”, termina-t-elle en soupirant, disparaissant entre les mégalithes.

“Encore une fois, Mort, ce n’était pas prévu…”, murmura la fileuse.
“Oui, je sais… Un seul détail, et tout peut changer, soupira la Mort en s’asseyant sur le roc, seul capable de supporter son contact plusieurs heures sans tomber en poussière.
-Rien ne changera aujourd’hui, car…
-Ils auraient dû vivre…, commença la fileuse, le fin lambeau de laine glissant entre ses doigts.
-Ils auraient dû vivre, et ainsi sera-t-il, développa la première tisseuse, ne levant pas les yeux de son ouvrage.
-Ils auraient dû vivre, et ainsi sera-t-il, continua l’aïeule en serrant les nœuds exécutés par sa sœur, les enfants naîtront…”
La première fileuse reprit :
“Les enfants naîtront, et ils grandiront.
-Les enfants naîtront, et ils grandiront. Ils échapperont à la Grande Epidémie.
-Les enfants naîtront, et ils grandiront. Ils échapperont à la Grande Epidémie. Mais un soir, Mort, il faudra que tu fasses ton travail…”, termina l’aïeule en levant les yeux.
La silhouette capuchonnée de noir de sa sœur aînée disparaissait dans le lointain. Elle n’avait pas voulu entendre la suite.
Soupirant, elle reprit le travail.

Ils auraient dû vivre…
Rian et Adamante s’installèrent dans un village voisin. Il l’épousa, faisant d’elle une égale face aux femmes du village.

Ils auraient dû vivre, et ainsi sera-t-il…
Il s’adonna à la vie simple et paisible des paysans, qui accueillirent avec joie le nouveau venu. Ils lui apprirent les secrets de la terre, des plantes et des saisons, il enseigna à leurs fils les mystères de la lance et du combat. Le ventre d’Adamante se mit un jour à grossir, et il connut la joie du futur père. Il ne restait plus rien du tueur sans pitié, messager de la mort. Il était un homme, heureux de vivre son existence avec ses joies, ses frayeurs, ses colères, ses bons moments…

Les enfants naîtront…
Son premier enfant vit le jour un matin de printemps, exactement au moment où il allait, comme chaque jour, face à la mer contempler le lever du Soleil. Le cri du nouveau né retentit dans l’air alors que les premiers rayons de feu s’exhumaient péniblement des flots. Il rentra en courant, trouvant dans leur chambre sa femme épuisée, et la sage-femme qui lui tendait une petite fille rousse, portrait de la femme qu’il aimait.

Les enfants naîtront, et ils grandiront…
Trois fois le miracle se reproduisit, et, quelques années plus tard, quatre filles blondes et rousses, regards gris et regards verts, jouaient en piaillant dans la cour de leur maison, sautant de joie à le vue de leur père rentrant des champs, heureuses de la vie simples qu’elles menaient.

Les enfants naîtront, et ils grandiront. Ils échapperont à la Grande Epidémie…
La vie coulait, tranquille dans le village, alors que de l’Est partaient au fond des cales de navires marchands des dizaines de passagers clandestins.
La prophétie de la Mort ne tarda pas à se réaliser. Des milliers de vies s’éteignirent, pendant cinq ans. La maladie n’épargna pas le village, et des dizaines d’enfants, de vieillards, d’hommes, de femmes, s’effondrèrent, les uns après les autres, victimes de la bactérie mortelle.
Comme quelques rares miraculées, leur famille fut épargnée. De nature aimante, les villageois ne virent pas en eux des favorisés des cieux ou bien des possesseurs de remèdes. Rian travaillait dur avec tous les valides pour subvenir aux besoins de tous, Adamante et ses quatre filles n’hésitaient pas à s’approcher des malades et à veiller sur leur dernier repos. Leur dévouement ne pouvait que rassurer et faire taire les mauvaises langues.

Les enfants naîtront, et ils grandiront. Ils échapperont à la Grande Epidémie. Mais un soir, Mort, il faudra que tu fasses ton travail…
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yuny
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MessageSujet: Re: Muerte   Mar 28 Fév - 20:40

ouaouh ! c'est génial franchement mais juste une question: tu écris une grande page comme celle ci par jour ?
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Liosalfar
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MessageSujet: Re: Muerte   Mer 1 Mar - 14:10

Hum... Ca, c'est la remarque innocente qui fait mal... dent
Oui, minimum... Parfois beaucoup plus... happy

Et je devrais faire autre chose... rale

Enfin... Et voici donc la fin de cette nouvelle. tare

===============================================
Rian s’éveilla en sursaut, baigné de sueur. Tenaillé par un horrible pressentiment, il quitta le lit, rassurant d’un geste et d’un mot sa femme qu’il avait éveillé, et courut comme le vent dans la chambre de leur aînée.
“Mère…”
La Mort se tenait là, devant la fenêtre, observée par une petite demoiselle de dix ans. Il s’assit sur le lit, prenant sa fille dans ses bras :
“N’aie pas peur, Ia… La Mort est ta grand-mère, avoua-t-il en la berçant tendrement.
-Père… Je n’ai pas peur…”, répondit-elle en souriant naïvement, l’embrassant.
“Père… Je vous en prie, laissez-moi aller saluer notre Grand-maman…”
A ces mots, le cœur de Rian se serra. Elle allait mourir, terrassée par le contact avec le squelette.
“Je ne peux pas te laisser y aller, ma chérie…
-Père, je vous en prie… Laissez moi lui montrer que, malgré son apparence, nous l’aimons… L’aimez-vous, mon père ?”
L’aimez-vous ? Il leva le regard vers celle qui fut, et qui pour toujours était sa mère.
“Bien sûr, Ia… J’aime ma mère… Comme tu aimes la tienne”, sourit-il en la libérant de son étreinte.
Il ferma les yeux, ne supportant pas d’assister ainsi au décès de sa fille. Mais aucun cri de douleur ne vint. Un simple baiser affectueux, alors que la Mort, heureuse, enlaçait tendrement sa petite-fille qu’elle portait dans ses bras.
L’étreinte, embellie par les lueurs des étoiles, ne dura que quelques minutes. La voix caverneuse de la Mort retentit dans la chambre.
“Allons, mon enfant, je dois partir maintenant.
-Oui, Grand-mère, sourit Ia en l’embrassant de nouveau, puis courut vers son père, le visage radieux.
Rian, passant une paume affectueuse dans les boucles rousses, salua sa mère d’un signe de tête, alors qu’elle disparaissait dans la nuit.
“Mon père…
-Oui, Ia ?
-Pourquoi n’êtes vous pas allé embrasser Grand-mère lorsqu’elle est partie ?”
Il s’agenouilla à son niveau, prit sa petite main dans la sienne, et fit parcourir à son doigt une fine cicatrice sur son épaule :
“La dernière fois qu’elle m’a touché, elle a détruit mon épaule… Les personnes qu’elle frôle sont condamnées à mourir.
-Même vous, son fils ?
-Si je ne m’étais dégagé à temps, et si elle n’avait reformé ce qu’elle avait détruit, oui, je serais mort…
-Même moi, sa petite fille ?
-Je l’ignore, Ia… Tu n’as rien eu à son contact… Rien… J’ignore ce qui va se passer., soupira-t-il en l’enlaçant et la ramenant dans son lit :
-Il ne peut rien m’arriver de mal, sourit l’enfant en s’endormant, Grand-mère nous aime, je ne vais pas mourir. Comme vous n’êtes pas mort.”
Si seulement tu disais vrai… pensa son père en l’embrassant et refermant la porte de la chambre.

Les années passèrent, filant comme l’eau qui goutte du clepsydre antique.
Ia se maria à un jeune villageois, mais il mourut alors qu’elle portait son premier enfant.
Ses sœurs, plus jeunes, ne vivaient pour le moment que quelques amourettes enfantines.
L’enfant vint au monde un soir de novembre. Adamante, toujours aussi jeune et belle, ne s’imaginait pas grand-mère si tôt. Rian encore moins. Le fils prit le nom de Zéphyr, et grandit rapidement.

Un soir, alors que l’ensemble de la famille était réuni autour d’un bon repas, on frappa à la porte.
“Zéphyr, mon enfant, aurais-tu la gentillesse d’ouvrir ?, demanda maternellement Ia en envoyant le nommé à la porte.
Le battant grinça :
“Mère, il s’agit de quatre femmes…
-Fais les entrer !”
Les silhouettes, précédées de l’enfant à la démarche encore malhabile, pénétrèrent dans le salon :
“Bienvenue, mesdames, sourit Ia, souhaiteriez-vous partager notre repas ?
-Allons… Ne me reconnais-tu pas ?”
A ces mots, un cri de joie s’échappa de la jeune mère, alors qu’elle se jetait au cou de la Mort :
“Oh, Grand-mère, quel plaisir de vous revoir !, sourit-elle, les larmes aux yeux, Zéphyr ! Zéphyr, viens, mon fils, embrasser ton aïeule…
-Non !, ordonna la Mort. Toi seule peux me toucher.
-Mère…
-Bonsoir, mon fils, commença-t-elle en s’asseyant à même le sol, imitée par les trois silhouettes qui la suivaient.
-Mes tantes…
-Bonsoir, neveu…”, répondirent d’une même voix les trois dernières arrivantes.
“Nous sommes venues avec vous partager la joie d’un dernier repas, commença la plus jeune.
-Dernier ? Ma tante, si vous me le permettez, vous avez encore de belles années devant vous, sourit Rian, vous faites plus jeune que moi…”, approuvé d’un hochement de tête par Adamante, qui embrassait les nouvelles venues, leur souhaitant à sa manière la bienvenue chez elle.
“Non, mon neveu, continua la deuxième. Il s’agit bien d’un dernier repas. Demain, nous ne serons plus.
-Nous aurons disparu…, continua l’aïeule en rendant au petit Zéphyr une tendre accolade.
-Nous serons décédées…, termina la Mort. Mais enfin. Nous sommes venues pour profiter d’une soirée en votre compagnie, et non pour vous ennuyer avec des histoires pareilles…”, sourit-elle en touchant l’un des plats, qui, bizarrement, ne devint pas cendre.
Etonné, Rian commença :
“Mère…
-Suffit, Rian. Profitons, je te prie, de ces derniers instants…”
Il n’insista pas, et la soirée se déroula magnifiquement.

Ia laissa sa chambre à sa grand-mère et à ses sœurs, et dormit avec son fils en compagnie de sa propre fratrie.
Le lendemain matin, en s’éveillant, elles coururent à la chambre de leurs aïeules, désireuses de leur dire au revoir…
Elle n’y trouvèrent qu’un tas de cendres. Ainsi que, dans un coin d’ombre…

Un lourd manteau, et une faux tranchante.

Un métier à tisser, un sac de laine colorée, une tapisserie inachevée.

Religieusement, chacune s’empara de ses nouveaux attributs, alors que leur père entrait dans la chambre.
Pâlissant devant le spectacle qui s’offrait à lui, il tomba à genoux, terrassé, et Zéphyr, croyant à une invitation à la tendresse, se réfugia dans ses bras :
“Non… Non…
-Mon père…
-Non, Ia, je t’en prie, ne fais pas ça”, murmura-t-il, les larmes roulant sur ses joues, serrant contre lui son petit-fils qu’il refusait d’abandonner, alors que la nouvelle Mort revêtait son lourd manteau. Aussitôt, l’arbre voisin commença à perdre ses fleurs magnifiques, ses feuilles jaunirent et tombèrent au sol.
“Père… Donnez-moi mon fils.
-Jamais, tu m’entends ! Jamais il ne vivra ce que j’ai vécu !", hurla-t-il presque, alors qu’Adamante, attirée par les pleurs de son mari, venait d’entrer dans la chambre et, poussant un gémissement de terreur, se joignait à celui-ci pour ne pas que sa fille emmène le dernier descendant.
“La malédiction se perpétue…, commença Opale, la plus jeune, en déroulant son premier fil.
-La malédiction se perpétue…, depuis bientôt onze siècles, continua Aela, son aînée, en formant son premier nœud.
-La malédiction se perpétue…, depuis bientôt onze siècles, termina Viviane, la cadette de la famille, en donnant son premier coup de navette, et ce n’est pas vous qui lui ferez prendre fin, mon père.
-Ia, je t’en prie… C’est ton fils… C’EST TON FILS ! TU NE PEUX PAS LUI FAIRE ÇA !, cria-t-il en serrant convulsivement l’enfant effrayé. Tu… ne peux même plus le toucher, termina-t-il au souvenir de sa propre expérience.
-Mon père, un jour viendra, où vous devrez tomber sous ma lame. Croyez vous que j’apprécie cette idée ? Donnez moi Zéphyr. Il doit vivre avec moi.”
Rian sentit une main qui, doucement, écartait ses doigts de l’enfant. Adamante, les yeux embués de larmes, lui ôtait son dernier trésor.
“Adamante, je t’en prie… Ne fais pas ça…, pleura-t-il en laissant le garçonnet s’échapper de ses bras et courir vers sa mère, qui, d’un geste, lui ordonna de ne pas trop s’approcher. Sa femme lui posa un doigt sur les lèvres, et articula :
“Nous ne pouvons rien faire face au Temps qui passe…Laisse. Un jour viendra où elles seront libres.”
Ils se relevèrent tous deux, et accompagnèrent jusqu’au seuil leurs enfants.
“Soyez bénis, nos chers parents, commencèrent-elles en s’éloignant sur la route, puisse la Mort venir le plus tard possible en ces lieux…”
Elles disparurent au bout de la route.

Debout sur la bordure d’une rivière, le vent fouettant ses longues mèches argentées, Zéphyr, fils de la Mort, contemplait à ses pieds le cadavre d’une ermite.
“Pardonnez-moi, grand-mère…”, dit-t-il en s’inclinant face à la morte, essuyant sur l’herbe son poignard acéré.
Près de lui, l’air se troubla, et les pans de la cape noire se dessinèrent dans la nuit sombre.
“Ecarte-toi, Zéphyr… Merci de m’aider ainsi…”, termina-t-elle en posant son doigt sur le poignet du cadavre, qui disparut dans le vent violent.
“Mère.
-Oui, mon fils ?
-Apprenez-moi la haine. Je veux détester les femmes pour ne jamais subir ce que mon grand père vécut.
-Tu sais que c’est inutile.
-Je veux essayer.”
Elle soupira, et se résigna à lui enseigner la haine la plus féroce envers ses pareilles. Pourtant, dans leur caverne, les trois Moires, ses sœurs cadettes, marmonnaient :
“Il essaye… Il tente de résister à la malédiction.
-Il tente de résister à la malédiction, mais comme nous tous, il n’y échapperas pas.
-Il tente de résister à la malédiction, mais comme nous tous, il n’y échapperas pas… Il rencontrera la femme qui fera fondre son cœur, comme notre père à rencontré notre mère…
-Et la Mort ainsi, traversera les siècles et les époques
-Et la Mort ainsi, traversera les siècles et les époques, emmenant derrière elle ses trois sœurs fidèles…
-Et la Mort ainsi, traversera les siècles et les époques, emmenant derrière elle ses trois sœurs fidèles…Jusqu’à la fin des temps.”

Aujourd’hui encore, nul ne résiste à leur pouvoir. Des plus faibles aux plus puissants, nul n’échappe à la Mort et au destin tissé par les Moires.
Orphelin abandonné sur le parvis d’une maison, père de quatre filles belles comme l’aurore…

Prends garde à ce qu’un jour, tu ne reconnaisses ton aînée dans le visage de celle qui vient souffler sur la flamme vacillante de ton existence.

===============================================

The End...

Ces deux mots, c'est une torture à mettre en bas de la page... Mais

J'espère que cela vous a plu... fl
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yuny
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MessageSujet: Re: Muerte   Mer 1 Mar - 15:20

snif magnifique!!!
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Tsukki
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MessageSujet: Re: Muerte   Jeu 2 Mar - 21:55

wub wub wub (et sad que ce soit terminé.... clin )

moon

_________________
# Carpe Diem #
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Gaëlle
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MessageSujet: Re: Muerte   Ven 3 Mar - 17:48

Kikou Lio,

Ta plume est magnifique, magique même, un grand bravo ma puce !

Mille bises

Gaëlle
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MessageSujet: Re: Muerte   Ven 3 Mar - 21:00

choc choc choc choc

GENIAL !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
dance

Tu es une fee


coeur coeur coeur coeur
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Liosalfar
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MessageSujet: Re: Muerte   Ven 10 Mar - 18:52

roug Un grand merci pour vos remarques...

Je suis très heureuse que ce petit amusement vous ai plu, il m'a procuré énormément de plaisirs à l'écriture...
J'aime ce thème, la Mort, il est sujet à tant de mythes... On peut presque tout se permettre avec lui...

J'espère continuer à vous offrir quelques mots, quelques lignes, gravées ça et là dans le papier par la pointe d'un pauvre stylo bic bleu qui commence à arriver au bout du rouleau dent

A bientôt... fl
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